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Lucrezia  / Les Paladins – Jérôme Correas

Lucrezia / Les Paladins – Jérôme Correas

Sortie le 25 octobre 2024 chez Aparté

Il est étonnant que Lucrèce, héroïne éminemment tragique, n’ait finalement que peu inspiré les compositeurs. Le destin de l’épouse bafouée de Tarquin dans la Rome antique n’a rien à envier à celui d’une Didon, par exemple. Il existe certes deux grands chefs-d’œuvre mais l’opéra The Rape of Lucretia de Britten, aussi puissant soit-il, peine à s’imposer au répertoire des grandes maisons tandis que la géniale cantate de Haendel, La Lucrezia, n’est également que rarement donnée en concert. Dans ce nouveau disque, Jérôme Correas, à la tête des Paladins, a eu l’excellente idée de regrouper des cantates signées Alessandro Scarlatti, Benedetto Marcello et Michel Pignolet de Montéclair avec celle de Haendel, quatre compositeurs aux styles différents comme autant de parcours sur un même thème, la violence faite aux femmes. Sandrine Piau ouvre le bal avec la cantate Morte di Lucretia de Michel Pignolet de Montéclair, composée en 1728. Le compositeur français est l’un des pionniers du genre cantate en France avec un style très personnel. Mis à part l’utilisation de la langue, l’influence italienne est difficile à sentir dans le mélodrame pour soprano, deux violons et basse continue. Même si l’œuvre est peut-être la moins « sensationnelle » des quatre, Sandrine Piau s’y montre parfaite, comme à son habitude ! À la fois actrice et récitante, la soprano impose facilement le drame avec les beaux moyens vocaux qu’on lui connaît.

Il est heureux de retrouver Amel Brahim-Djelloul dans la fureur de la pièce Lucretia Romana d’Alessandro Scarlatti. 2025 est peut-être l’année de la redécouverte de ce compositeur disparu il y a 300 ans. Avec une belle variété d’atmosphères, la profondeur du drame égale en intensité la pièce de Haendel. La soprano bouleverse dans la véhémence jusque dans l’abandon et cette note tenue, plage 14, qui étonne et provoque une forte émotion dès qu’on s’intéresse au texte. Le timbre charnu de Lucile Richardot avec son sens inné du drame sert magnifiquement la cantate de Benedetto Marcello même si on peut la trouver la musique un peu plus faible que les autres. Le sens du texte est, comme toujours, parfaitement rendu par l’artiste, admirable diseuse. Reste la Lucrezia de Haendel, cantate la plus connue et la plus souvent enregistrée que Correas a judicieusement confié à Karine Deshayes. Nombreuses sont les grandes artistes à s’être mesurées au chef-d’œuvre avec des succès divers (Les Paladins ont déjà accompagné au disque Sandrine Piau dans cette même cantate). La voix de la mezzo-soprano s’épanouit idéalement dans la tessiture qu’elle survole avec une déconcertante facilité ajoutant même des variations particulièrement bienvenues. Mlle Deshayes, d’une bouleversante profondeur et aux moyens vocaux époustouflants, se révèle l’une des plus grandes depuis Janet Baker. A la tête des Paladins, Jérôme Correas est un chef attentionné et relativement discret car son orchestre ne tire jamais la couverture à lui. Avec ce quatuor vocal de premier plan, il sait que les interprètes portent le drame plus que l’orchestre. Deux pièces signées Pasquini et Marcello permettent d’apprécier la très bonne tenue d’un ensemble baroque de premier plan.

Marie Jaëll Franz Liszt Sparklight • Célia Oneto Bensaid Debora Waldman

Marie Jaëll Franz Liszt Sparklight • Célia Oneto Bensaid Debora Waldman